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Najat Belkacem Bienvenue sur mon blog. Je vous livrerai régulièrement mes commentaires sur l'actualité et vous ferai part de mes activités. Je reste à l'écoute de vos commentaires.

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Ma rencontre avec Robert Badinter

Par Najat Belkacem :: 27/09/2006 à 23:38 :: Société

Il y a peu d’hommes politiques aussi respectés que lui, et je fais partie de ceux qui, au Parti Socialiste ou non, éprouvent depuis toujours une grande admiration pour son action, son intelligence, sa culture et son courage.

 

Lors de sa venue à Lyon, lundi dernier, à l’occasion des 25 ans de l’abolition de la peine de mort j’avais l’espoir de le rencontrer et d’échanger quelques mots avec lui.

 

 

En l’écoutant ce soir-là, je crois avoir mieux compris ce qui fait la force de cet homme.

 

Alors que l’immense majorité de l’assistance était venue lui rendre hommage pour ce qu’il avait accompli dans le passé, il a nous a assez fermement prié de bien vouloir ranger souvenirs et flatteries, et de nous intéresser avec lui à l’avenir du combat qu’il mène pour l’abolition universelle et l’amélioration de la condition pénitentiaire en France.

 

Il a rappelé, avec ce ton dont il a le secret, la nécessité de préserver les vies menacées par une condamnation à mort partout à travers le monde, et l’urgence de défendre les valeurs sans lesquelles, je le cite, « tout n’est que barbarie ». La nostalgie n’avait clairement aucune place dans son esprit.

 

Je me suis naturellement sentie très concernée par les deux sujets qu’il a abordés. D’abord parce que je suis engagée depuis plus d’un an dans la campagne d’opinion « Trop c'est trop » pour l’instauration du Numerus Clausus dans les prisons françaises, et que je regarde de très près le sort des prisons vétustes de Lyon qui doivent être détruites d’ici 2009 (j’y reviendrai lors d’un prochain post). Ensuite, parce que la peine de mort est toujours en vigueur au Maroc, où je suis née, même si un moratoire de fait y est appliqué depuis 1993. Je suis donc très attentivement la bataille qu’y mènent les abolitionnistes.

 

L’appel de Robert Badinter à la mobilisation, sa force de conviction, et son espoir serein en un avenir meilleur furent donc, au-delà de ce que j’espérais, une belle leçon de politique et, plus simplement, un exemple d’attitude à adopter dans la vie.

 

Comme il me l’a répété plus tard dans la soirée (j’ai finalement eu l’occasion de lui parler), il a finalement une grande confiance dans la capacité des nouvelles générations à mener les combats qui sont les leurs, à leur manière, et sans complexe.

 

Cette brève rencontre avec Robert Badinter, loin de me renvoyer à un passé glorieux et révolu de la gauche au pouvoir, m’a finalement donné beaucoup d’espoir dans la capacité de l’action politique à changer les choses. Ce soir-là, je me suis sentie bien dans ma peau de candidate aux élections législatives et déterminée à faire revenir une majorité de gauche au Parlement, à faire de grandes choses...

 

Immigration choisie, Sarkozy subi

Par Najat Belkacem :: 06/09/2006 à 13:26 :: Société

 

A quelques semaines de l’entrée en  vigueur de la loi sur l’immigration de Nicolas SARKOZY, au moment où sont reconduits vers leur pays d’origine ceux qui avaient fréquenté les bancs de l’école républicaine laïque, gratuite et obligatoire, je veux revenir sur cette question de l’immigration choisie ou subie que j’ai du mal à aborder sans passion tant elle rejoint mon histoire personnelle.

 

Un droit censitaire, une atteinte à la vie privée et familiale

 

 

Un préalable d’abord, l’immigration légale est aujourd’hui à 90 % une immigration familiale et à 5 % seulement une immigration du travail à proprement parler. Ce que veut Nicolas Sarkozy c’est brider l’immigration familiale en durcissant considérablement les conditions du regroupement familial. Ce faisant, il introduit une rupture d’égalité manifeste entre les candidats puisque le regroupement familial devient, ni plus ni moins qu’un droit « censitaire ». Plus encore, il porte une atteinte extrêmement grave au droit à la vie privée et familiale, droit consacré par la Convention européenne des droits de l’homme.

La France ne sortira pas grandie d’une telle politique.

 

A quand une politique d’intégration enfin ambitieuse ?

 

Le ministre de l’Intérieur n’a pas eu le courage de poser le vrai problème, celui de la définition d’une politique d’intégration ambitieuse et efficace des primo-arrivants. Le contrat d’accueil et d’intégration pourrait utilement s’enrichir d’un volet formation rémunérée, débouchant sur des contrats dans les secteurs économiques en tension. Au lieu de quoi, les cours de français sont aujourd’hui facultatifs et ceux qui les suivent n’ont pas le statut de stagiaire de la formation professionnelle qui doit leur permettre d’y être assidus et, ce qui est bien le moins, de vivre correctement.

 

Le co-développement , on en parle ou on en fait ?

 

Si je souscris aux mesures destinées à accueillir plus largement les étudiants étrangers dans nos universités, une fois encore, le projet du ministre de l’Intérieur reste en deçà des enjeux et expose les pays en voie de développement à un pillage en règle de leurs élites. Il faudrait en particulier penser cette mesure en terme de co-développement en mettant en place un système d’aide à l’installation professionnelle dans le pays d’origine dont le montant (qui ne devra rien avoir de commun avec la ridicule aide au retour offerte par Nicolas Sarkozy) permettrait le démarrage d’activités économiques indispensables au développement. Je crois beaucoup à des mesures simples comme le financement de pépinières d’entreprises dans les pays subsahariens accompagné de formations locales pour tout ce qui concerne les fonctions supports du type comptabilité, facturation, RH, aspect juridique…

 

Une tache indélébile…

 

Quant aux enfants en situation irrégulière scolarisés reconduits à la frontière, je trouve indigne que le gouvernement ait fait le choix de les tenir responsable de leur situation, c'est-à-dire de leur détresse et de leur pauvreté. Sur les bancs de l’école de la République, la France avait le devoir, sans condition, de les conduire vers un avenir meilleur. Il y a une forme de double peine dans la politique du ministre de l’Intérieur puisque ces enfants sont non seulement déscolarisés (ce qui constitue une perte de chance), mais également expulsés. Combien de ceux-là auraient appris un métier, seraient devenu médecin ou avocat ? Ne nous y trompons pas, nous les retrouverons dans quelques années brisant leur destin sur les barbelés de Ceuta.

 

Si la lutte contre l’immigration clandestine, c'est-à-dire avant tout contre les filières, les passeurs, les marchands de sommeil et ceux qui recourent au travail illégal, est un impératif bien compris dans un système fondé sur la solidarité et la redistribution des richesses, on ne peut ignorer la contribution des immigrés à la croissance et on ne peut surtout s’exonérer d’une politique volontariste d’intégration (car ceux qui vivent en France ont droit au respect de leur vie privée et familiale) et  de co-développement, laquelle n’a jamais dépassé le stade du discours.

Homoparentalité : à quand l'égalité du droit à l'adoption ?

Par Najat Belkacem :: 02/03/2006 à 8:09 :: Société

L’appel, il y a quelques semaines, de 171 parlementaires et de plusieurs maires contre l’homoparentalité et la révision en catimini de la loi sur le PACS destinée à tenir durablement éloignés du mariage, et donc du droit à l’adoption, les homosexuels, pose à nouveau avec force la question de l’homoparentalité.

Jusqu’à une date récente, ma conviction n’était pas faite et j’ai cherché à fonder mon opinion en examinant les arguments des uns et des autres.

Le premier argument dont l’évocation me fait froid dans le dos et que je veux écarter tout de suite est d’ordre moral. L’homosexualité continue, malheureusement, dans certains cercles, de faire l’objet d’une condamnation morale et l’on peut douter dès lors de la rédemption sur ce sujet de ceux qui, en 1999 au moment du vote du PACS, se sont manifestés avec outrance, et parfois avec violence. Pour ceux là, l’homosexualité étant par essence contre-nature, l’homoparentalité ne peut apparaître que comme une monstruosité. Il devient alors tentant d’assimiler homosexualité et pédophilie dès lors que l’on considère les deux comme des déviances. L’amalgame est scandaleux. Je ne tenterai pas de convaincre ceux qui soutiennent cet argument.

Les thèses tenant à l’intérêt de l’enfant méritent, en revanche, d’être considérées avec minutie.

Le premier argument des opposants à l’homoparentalité , c’est qu’être élevé par des parents homosexuels inclinerait les enfants à être eux-mêmes homosexuels. Dans les faits, rien n’indique que l’orientation sexuelle des enfants soit déterminée par les inclinations de leurs parents. Cette hypothèse est en elle-même, d’ailleurs, révélatrice de la conception que se font de l’homosexualité les opposants à l’homoparentalité: une déviance par rapport à un modèle qualifié de naturel : l’hétérosexualité. Le spectre d’une pratique généralisée et exclusive de l’homosexualité condamnant la survie de l’espèce humaine n’est pas très sérieuse et d’une manière générale, il convient de distinguer pratique sexuelle et pratique reproductive. Ce premier argument ne me parait pas devoir être retenu.

Le second porte sur l’équilibre psychologique de l’enfant et part du postulat que l’absence de référent paternel/maternel présenterait un danger pour l’équilibre et le développement psychologique de l’enfant. La réponse à cette question ne peut appartenir qu’aux pédopsychiatres et aux spécialistes de l’enfance, voire aux sociologues. C’est sur le fondement de leur expertise que les politiques doivent se fonder pour répondre à la question de l’homoparentalité. En l’occurrence, les premières études sur le sujet, qui se fondent pour l’essentiel sur des situations de fait (il y aurait 200.000 enfants vivant dans un couple homosexuel en France), telle celle de Stéphane NADAUD ou de Titty SOLANTAUS, concluent que l'homoparentalité ne semble pas constituer, en soi, un facteur de risque pour les enfants. Les études américaines et hollandaises confirment cette analyse, je suis portée à les croire et à fonder ma propre opinion sur celles-ci.

Le troisième argument se fonde sur la difficulté pour les enfants à assumer, dans une société globalement hostile à l’homosexualité, leur situation familiale. L’argument ne paraît pas recevable car il fait le constat les bras ballant d’un état de l’opinion publique, sans se poser la question du changement des mentalités ; est ce qu’une société raciste, justifie le racisme ? non.

L’analyse de ces différents arguments me permet aujourd’hui, de me prononcer, je pense de façon éclairée, en faveur du mariage homosexuel sans restriction et donc du droit d’adoption.

Ce qui dès lors apparaît tout à fait inadmissible, c’est la discrimination se fondant sur les préférences sexuelles des parents. La Cour de cassation a récemment consenti une avancée importante en reconnaissant la possibilité qu’un parent homosexuel délègue son autorité parentale à son conjoint. C’est un pas heureux que le législateur se serait honoré à faire lui-même.

En définitive, ce qui compte, c’est de respecter strictement les critères de l’adoption, c’est-à-dire la qualité éducative du candidat à l’adoption, le cadre de vie et le caractère stable et harmonieux de la relation entre les parents nécessaire à « l’épanouissement des enfants » comme le souligne la Haute juridiction. Ce qui compte en définitive, c’est le bonheur de l’enfant.

Pour le reste, les échecs, comme les réussites, dans l’éducation d’un enfant seront sans doute assez bien partagés selon les orientations sexuelles des parents et l’argument selon lequel il vaut mieux avoir deux papas que les parents du « petit Johnny », cet enfant victime de violences intra-familiales, me semble peu discutable.

La justice ne saurait dépendre d’un état supposé de l’opinion. Comme en 1981 avec l’abolition de la peine de mort, le courage politique commande cette réforme du droit civil qui rétablira la République française, mère des droits de l’homme dans sa dignité.

Copyright © 2005 Najat Belkacem