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Immigration choisie, Sarkozy subi

Par Najat Belkacem :: 06/09/2006 à 13:26 :: Société

 

A quelques semaines de l’entrée en  vigueur de la loi sur l’immigration de Nicolas SARKOZY, au moment où sont reconduits vers leur pays d’origine ceux qui avaient fréquenté les bancs de l’école républicaine laïque, gratuite et obligatoire, je veux revenir sur cette question de l’immigration choisie ou subie que j’ai du mal à aborder sans passion tant elle rejoint mon histoire personnelle.

 

Un droit censitaire, une atteinte à la vie privée et familiale

 

 

Un préalable d’abord, l’immigration légale est aujourd’hui à 90 % une immigration familiale et à 5 % seulement une immigration du travail à proprement parler. Ce que veut Nicolas Sarkozy c’est brider l’immigration familiale en durcissant considérablement les conditions du regroupement familial. Ce faisant, il introduit une rupture d’égalité manifeste entre les candidats puisque le regroupement familial devient, ni plus ni moins qu’un droit « censitaire ». Plus encore, il porte une atteinte extrêmement grave au droit à la vie privée et familiale, droit consacré par la Convention européenne des droits de l’homme.

La France ne sortira pas grandie d’une telle politique.

 

A quand une politique d’intégration enfin ambitieuse ?

 

Le ministre de l’Intérieur n’a pas eu le courage de poser le vrai problème, celui de la définition d’une politique d’intégration ambitieuse et efficace des primo-arrivants. Le contrat d’accueil et d’intégration pourrait utilement s’enrichir d’un volet formation rémunérée, débouchant sur des contrats dans les secteurs économiques en tension. Au lieu de quoi, les cours de français sont aujourd’hui facultatifs et ceux qui les suivent n’ont pas le statut de stagiaire de la formation professionnelle qui doit leur permettre d’y être assidus et, ce qui est bien le moins, de vivre correctement.

 

Le co-développement , on en parle ou on en fait ?

 

Si je souscris aux mesures destinées à accueillir plus largement les étudiants étrangers dans nos universités, une fois encore, le projet du ministre de l’Intérieur reste en deçà des enjeux et expose les pays en voie de développement à un pillage en règle de leurs élites. Il faudrait en particulier penser cette mesure en terme de co-développement en mettant en place un système d’aide à l’installation professionnelle dans le pays d’origine dont le montant (qui ne devra rien avoir de commun avec la ridicule aide au retour offerte par Nicolas Sarkozy) permettrait le démarrage d’activités économiques indispensables au développement. Je crois beaucoup à des mesures simples comme le financement de pépinières d’entreprises dans les pays subsahariens accompagné de formations locales pour tout ce qui concerne les fonctions supports du type comptabilité, facturation, RH, aspect juridique…

 

Une tache indélébile…

 

Quant aux enfants en situation irrégulière scolarisés reconduits à la frontière, je trouve indigne que le gouvernement ait fait le choix de les tenir responsable de leur situation, c'est-à-dire de leur détresse et de leur pauvreté. Sur les bancs de l’école de la République, la France avait le devoir, sans condition, de les conduire vers un avenir meilleur. Il y a une forme de double peine dans la politique du ministre de l’Intérieur puisque ces enfants sont non seulement déscolarisés (ce qui constitue une perte de chance), mais également expulsés. Combien de ceux-là auraient appris un métier, seraient devenu médecin ou avocat ? Ne nous y trompons pas, nous les retrouverons dans quelques années brisant leur destin sur les barbelés de Ceuta.

 

Si la lutte contre l’immigration clandestine, c'est-à-dire avant tout contre les filières, les passeurs, les marchands de sommeil et ceux qui recourent au travail illégal, est un impératif bien compris dans un système fondé sur la solidarité et la redistribution des richesses, on ne peut ignorer la contribution des immigrés à la croissance et on ne peut surtout s’exonérer d’une politique volontariste d’intégration (car ceux qui vivent en France ont droit au respect de leur vie privée et familiale) et  de co-développement, laquelle n’a jamais dépassé le stade du discours.

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