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Il faut investir dans l’enseignement supérieur !

Par Najat Belkacem :: 09/05/2006 à 8:50 :: Education, recherche

 

 

A la faveur des mouvements étudiants et lycéens, s’est trouvée à nouveau posée avec force la question de l’accès à l’emploi des jeunes ; je me suis posée quant à moi celle de l’avenir de l’enseignement supérieur et du rôle de l’Université dans l’accès au marché du travail.

A vrai dire, les motifs d’inquiétudes sont assez nombreux : faiblesse structurelle des dépenses d’éducation supérieure, conditions de travail dégradées, accompagnement social des étudiants défaillant…

 

Comme pour la Recherche, le sous-investissement est durable et majeur, il menace la compétitivité de la France et offre de sombres perspectives en terme de développement économique et social.

                                                                                                             

Je reprenais, il y a quelques jours, les conclusions du rapport Education et Croissance. Ce rapport est sorti il y a maintenant deux ans. Ces conclusions sont explicites : pour franchir ce qu’il appelle la « frontière technologique » et passer d’une économie d’imitation à une économie d’innovation porteuse de croissance, il faut dépenser plus pour l’enseignement supérieur. Or, le niveau actuel des dépenses place notre pays dans une situation défavorable au regard des autres pays de l’OCDE. La France consacre ainsi 1,1 % de son PIB au Supérieur contre 2,4 % aux Etats-Unis, 1,9 % au Canada ou 1,7% en Suède. Les conditions de travail des étudiants s’en ressentent : amphis surchargés, taux d’encadrement faibles, sous équipements manifestes. Les résultats scolaires aussi, 25 % des étudiants effectuent effectivement leur DEUG en deux ans !

 

A cela s’ajoute, en dépit des progrès accomplis depuis trente ans, la persistance d’inégalités fortes en fonction de l’origine sociale dans l’accès aux études, comme dans les chances de réussite. Les jeunes sortant du système éducatif avec le moins de diplôme demeurent les enfants d’ouvrier. L’accès à l’enseignement supérieur reste socialement discriminant, et pose en filigrane la question de l’accompagnement social des étudiants. L’état des lieux est préoccupant . La précarité en milieu étudiant, les difficultés de logement, l’inégalité dans l’accès aux soins sont des réalités tangibles. Si la population couverte par le système d’aide sociale a cru de façon importante depuis 1998, le niveau actuel des bourses demeure faible et en tous les cas insuffisant si l’on en croit le développement du salariat étudiant à concurrence des études.

 

En outre, pris dans son ensemble, le système d’accompagnement social des étudiants est peu redistributif. Les prestations sous conditions de ressources (bourses) sont en effet minoritaires puisqu’elles ne représentent qu’un tiers des aides versées aux étudiants. A l’inverse, les aides au logement ainsi que les déductions fiscales attachées au quotient familial apparaissent globalement anti-redistributives. Cela revient à dire que les étudiants ayant le plus besoin d’un soutien financier ne profitent pas prioritairement du dispositif en place.

 

La perspective des élections offre l’occasion de repenser un système d’enseignement supérieur socio-économiquement efficace et socialement juste. Je crois qu’un effort tout particulier devrait être fait en matière d’accompagnement social des étudiants, en augmentant le nombre des bourses de formation à l’étranger, en contribuant à l’élaboration d’un plan national du logement étudiant, en favorisant l’information et l’orientation, en contribuant, enfin, à l’amélioration des conditions de travail des étudiants, par le développement des NTIC à l’Université par exemple.

 

La rôle de l’innovation dans la croissance requière un effort de formation de plus en plus élevé. Les dépenses d’éducation doivent être une priorité économique et sociale c’est-à-dire d’abord une priorité budgétaire. Sans attendre le gouvernement actuel doit être rappelé à ses devoirs : les investissements dans le Supérieur d’aujourd’hui sont la croissance et les emplois de demain.

 

(Mea culpa, encore un peu techno, d'accord...)

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Commentaires

Le 14/05/2006 à 12:52, par seb
le problème c'est qu'on n'a plus parlé d'université depuis 2002 sauf pour reclamer comme chirac un grand débat national sur ses rapports avec l'entreprise!... Quelles sont les propositions du PS dans ce domaine pour 2007 ?
Le 05/06/2006 à 16:54, par Rodolphe
Aujourd'hui de jeunes talents sont souvent orientés sur des filières courtes.
L'accès aux grandes écoles(X,ENA, ENSTT, HEC,...) est à mons avis dans le système actuel trop souvent réservé aux enfants de familles aisées.
De ce fait nous nous privons de talents au sein de notre "élite"
Que penses tu de facilité l'accès aux grandes écoles par le repérage systématique de talents dans tous les lycées, et leurs permettre (aux jeunes talents) l'accès à des prépas....par la mise en place de bourse privée/public, d'équipes pédagogiques et d'infrastructures de haut niveau.
Cela ferait monter le taux de l'élite lyonnaise dans le milieu des décideurs (jacobinistes).
ce serait un véritable ascenceur social au profit de l'économie et de l'emploi dans la région...
Le 12/06/2006 à 16:35, par Najat
Rodolphe,

Je souscris à ton analyse concernant ce qu'on appelle la reproduction sociale. Elle a tendance à s'accentuer si l’on en croit les dernières statistiques, puisqu’il y a moins d’enfants d’ouvrier à Polytechnique et à Normal sup aujourd’hui qu’il y a 30 ans.

Il y a, à mon avis, deux biais dans l’accès aux études supérieures des enfants issus de milieu défavorisé : un biais de formation (les enfants défavorisés ne sont souvent pas scolarisés dans les établissements qui font entrer dans « les grandes écoles ») et un biais d’information (ils ne connaissent pas les parcours de réussite). C’est pour cela que je crois qu’il faut se battre pour maintenir un niveau d’excellence dans les lycées de banlieue (et pas seulement dans les grands lycées de centre ville) et travailler à faciliter l’accès aux Grandes écoles notamment aux élèves issus des zones d’éducation prioritaire, en accompagnant très tôt dans la scolarité les jeunes à potentiel, en leur donnant aussi des clefs de réussite.

Sciences Po a été pionnier dans ce domaine et j’ai moi-même, dans le cadre de mes fonctions à la ville de Lyon, travaillé au « conventionnement ZEP » du Lycée Robert Doisneau. J’ai également impulsé une formation intensive aux concours de la fonction publique dédiée aux jeunes en difficulté d’insertion et qui permet à une cinquantaine d’entre eux chaque année de se préparer dans les meilleures conditions possibles ce type de recrutement.
Le 12/06/2006 à 16:39, par Conférence Périclès
Concernant tous ces sujets d'accès aux Grandes écoles, je vous conseille de visiter le site de la Conférence Périclès
Le 05/07/2006 à 14:28, par rodolphe
je viens de rendre visite au site perricles.
ç'est dommage que ce ne soit pas plus connu. je pense aussi qu'on peut agir rapidrmrnt au niveau local sans se creuser la tête, avec des moyens pas forcément énorme. Et lyon est une Agglo qui se prete bien à l'exercice...
en mettant en place des veilles et suivi pédagogique dès le collèges avec des équipes pédagogiques d'élite en relais dans les zep. et un système boursier en partenariat avec les entreprises locales. un entreprise finance les études en prépa d'un jeune contre une exclusivité sur une durée. du meme type que dans les hopitaux....

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